LA FAMILLE CANTIN
Site internet: www.lafamillecantin.com
La famille Cantin, que l’on sait fortement identifiée à la musique, à la chanson et à la danse traditionnelle, se produira au Festival de Musique Traditionnelle de St-Bernard-de-Michaudville en février. Le prétexte était donc tout trouvé pour rencontrer le violoneux Raymond Cantin responsable de l’ensemble. Avant
que je ne le questionne sur leur nouveau disque je lui ai demandé de me brosser un portrait de famille. Il m’a d’abord parlé du 5
e rang à St-Liguori
dans Lanaudière où il a eu une enfance heureuse. Notez que les Cantin sont parmi les premières familles à s’être établies et à avoir développé ce
coin de la province connu pour ses activités agricoles. Si le 5
e rang évoque l’agriculture, la maison des Cantin sur ce même 5
e rang évoque
les bonnes veillées traditionnelles où l’un gigue, l’autre chante et d’autres jouent de la musique. Selon ce que l’on répète les jours de l’An
dans cette maison de campagne duraient 3 jours ! Raymond m’a aussi brossé un petit portrait de famille. Il s’est borné à ne me parler que des
membres qui demeuraient avec lui en commençant par son grand-père Alvas Cantin qui pratiquait le violon à l’occasion. Détail intéressant, le grand-père
tenait à ce que dans la famille il y en ait au moins qui gigue. « Pour y tenir il y tenait. M’a-t-il appris ? Je dirais qu’il m’a encouragé à développer
le talent que j’avais pour la gigue. » Puisqu’il en est question. Sachez qu’en 1975 Raymond est devenu champion québécois de gigue et fort de
ce succès il a fondé avec sa femme Colombe une école de danse traditionnelle qui a accueillie des centaines d’étudiant durant une dizaine d’année.
Nathalie, fille de Raymond était aussi championne en la matière. Il n’est pas étonnant que ses enfants Camille et Bruno-Pierre savent eux aussi
giguer. Chez les Cantins on se soucie de la tradition.
Pierre-Léon (le père de Raymond) était aussi un violoneux. Pas un champion mais un violoneux qui interprétait des reels bien soulevants sur lesquels
les gens aimaient danser. Azéllus, frère de son paternel, qui demeurait avec la famille, était aussi violoneux mais contrairement à Pierre-Léon qui
jouait pour être entendu Azélus ne se souciait guère que les gens réagissent à sa musique. « Zéllus jouait avant tout pour lui en se souciant toujours
de la qualité de son interprétation. Il jouait très bien. C’était un perfectionniste ». Comme son père et Azélus, Raymond, tout jeune, voulait jouer
du violon. «Zélus m’en dissuadait un peu, insinuant sans trop le dire que je n’était pas un gros talent ». Si bien que jeune il était en quelque sorte
résigné à ne pas en jouer mais avec les années il a tranquillement appris. Quant à sa mère, Hélène Jetté, elle ne jouait pas de musique mais elle
chantait. De tout ; des chansons populaires, La Bolduc, des berceuses et bien sûr des chants traditionnels. « Du côté des Jetté ça aimait chanter ». Raymond
n’est pas enfant unique. Il est l’aîné de ses frères, Robert, Gilles, Michel, Jean et de sa soeur, Diane. Seule Diane ne joue pas de musique quoi qu’elle
sache quelques pas de gigue. Tous les autres chantent et jouent de la guitare. Quant à Raymond il joue du violon, de l’harmonica. Je souligne que
Gilles, décédé il y a 4 ans est l’un des membres fondateurs de La Bottine Souriante. L’influence qu’a exercé la famille des Cantin en la personne de
Gilles sur ce groupe, encore actif, est immense.
Et La famille Cantin ? Le groupe ? Ça prend forme comment ? « Au début des années 90 on remarque que la musique traditionnelle connaît un regain de vie.
Le Festival Mémoire et Racines est créé. Beaucoup de groupes traditionnels se développent. En 1998 suite à une invitation du FMR on accepte avec joie
de présenter un spectacle familial. Quelle surprise de voir des centaines de personnes venues assistés à notre spectacle. Plus encore, on a le sentiment
que les gens l’apprécient. Pourquoi que l’on ne se partirait pas un groupe. Après tout, on aime se réunir, chanter et jouer de la musique ». La Famille
enregistre donc un premier album, très réussi intitulé Dans le 5ème rang. L’un de mes 10 albums traditionnels préférés sur lequel on entend une douzaine
de chansons interprétées par 3 générations : grand-maman Hélène, son frère Lucien, les frères Raymond, Gilles, Michel, Jean et Nathalie, fille de
Raymond. La plupart des chansons que l’on retrouve sur cet album ont été pigées dans le répertoire de la famille. En écoutant le disque on peut
aisément imaginer l’esprit festif qui animait les veillées dans le 5ème rang. Notez qu’il est rare d’entendre la voix de nos aînés chanter des
chansons traditionnelles sur album. Croyez-moi l’un et l’autre chantent délicieusement. Il faut entendre l’oncle Lucien interpréter La planteuse
de tabac ou encore sa grande soeur Hélène nous chanter Le tricot de laine. Délicieux, j’vous dis.
Quelques années plus tard, le groupe produit un deuxième album Pourquoi pas. Avant qu’il ne soit produit Maman Hélène et l’oncle Lucien se retirent. Le
groupe accueille alors 2 Lanaudois, le chanteur-podorythmeur Martin Brisson et le violoneux Rémi Laporte. Ce dernier est presqu’un frère. Il a, comme
les frères Cantin, grandi dans le 5ème rang, dans la maison d’en face où la musique traditionnelle raisonnait fréquemment. Son grand frère Pierre, également
violoneux, a été membre fondateur de la Bottine Souriante. Leur mère, Claudette Landry, était aussi musicienne et chanteuse. C’est elle qui a appris à
Gilles ses premiers accords à la guitare. Vous aurez compris que ces deux familles se fréquentaient et jouaient ensemble régulièrement.
Un troisième album, Tout m’y va, est maintenant lancé. Là encore on reconnaît l’authenticité musicale de la famille. Selon Raymond, il présente plus de
variété que les disques précédents. Le groupe demeure intact en réunissant toujours les 6 mêmes membres. « On a encore beaucoup de plaisir à se
retrouver ». Et moi, j’en ai tout autant à vous écouter.
Marc-Hugo Dupré